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Portrait de structure : le Palais de la Femme, à Paris 11ème arrondissement.

Portrait de structure : le Palais de la Femme, à Paris 11ème arrondissement.

Le Palais de la Femme, situé au 94, rue de Charonne - Paris 11e, est un établissement dédié à la prévention de l’exclusion sociale et à l’insertion. Après l’achèvement d’un vaste projet de réhabilitation et de restructuration du bâtiment (construit en 1910) entrepris entre 2006 et 2009, l’établissement a réaffirmé sa vocation sociale en tenant compte des besoins d’aide identifiés sur la capitale. 


Juliane CHARTON, Directrice adjointe du Palais de la Femme à Paris

 

Après des études marquées par une longue période d’engagement syndical et mutualiste, Juliane Charton débute sa carrière professionnelle en collectivité. A la Ville de Paris, elle travaille en cabinet d’arrondissement sur les questions notamment liées à la solidarité et à l’exclusion sociale. A travers cette expérience, elle découvre le secteur de l’Inclusion et souhaite se rapprocher des acteurs.ices de terrain. Elle rejoint ainsi la Fondation de l’Armée du Salut comme directrice adjointe du Palais de la Femme en 2018, Fondation qu’elle estime pour les valeurs et l’innovation dont elle fait preuve dans ses projets.

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ESS France : pouvez-vous nous présenter les activités principales du Palais de la Femme et son histoire ? Qui accueillez-vous ?

Juliane CHARTON : Le Palais de la Femme est un des établissements historiques de la Fondation de l’Armée du Salut, situé en plein cœur du 11e arrondissement de Paris. En 1926, Blanche et Albin Peyron organisaient une vaste campagne de souscription pour faire de cet ancien hôtel populaire un foyer féminin. Jusqu’en 2006, l’établissement accueillait un peu plus de 600 femmes - jeunes travailleuses, étudiantes ou en précarité - dans de petites chambres de 7 à 10m².


Entre 2006 et 2009, le Palais de la Femme a été entièrement réhabilité pour proposer 350 studios individuels et équipés. Il a alors réaffirmé son action dans la prévention de l’exclusion sociale. Depuis, l’équipe de Direction du Palais de la Femme a toujours souhaité s’adapter aux besoins d’hébergement identifiés sur le territoire francilien. De deux, l’établissement est passé à six services d’hébergement et de logement accompagné répartis sur deux sites (le 2e étant situé dans le 15e arrondissement). Ces services sont ouverts à des personnes seules, des couples, des femmes seules avec leurs enfants ou encore des jeunes mineur.e.s et majeur.e.s non accompagné.e.s placé.e.s sous la responsabilité de l’Aide Sociale à l’Enfance. La diversité des origines et des situations de ces personnes (en recherche d’emploi, en rupture familiale, en activité mais ne trouvant pas de logement, sortante d’un long parcours d’errance et/ou ayant connu l’exil, etc.) constitue une vraie mixité dans l’établissement. Lors de la réécriture du projet d’établissement, les résidentes ont également décidé en 2014 d’ouvrir le Palais de la Femme à la mixité femme/homme. L’établissement reste toutefois féminin à 80% afin de préserver celles dont le parcours rendrait plus difficile la cohabitation avec les hommes.


De nouveaux projets ont récemment vu le jour pour poursuivre notre ouverture sur l’extérieur et toujours mieux répondre aux besoins :

  • une crèche de 49 berceaux, ouverte sur le quartier ;
  • un chantier d’insertion dédié aux femmes dans le domaine de l’éco-construction ;
  • une cuisine partagée à destination des familles hébergées dans des conditions souvent précaires en hôtel social.

ESS France : par vos activités vous êtes confrontés à des femmes dont l’histoire, le passé, est différent mais qui sont majoritairement confrontées à la violence et à l’isolement. Au-delà de l’hébergement quelles actions d’accompagnement engagez-vous ?

Juliane CHARTON : Si le Palais de la Femme n’est pas un établissement dédié spécifiquement aux femmes victimes de violence, c’est malheureusement un des points qui relie beaucoup de trajectoires individuelles des résidentes que nous accueillons. Violences conjugales, violences subies pendant leur parcours d’exil, violence de la rue… autant d’épreuves autour desquelles nous avons renforcé nos partenariats avec des associations spécialisées, ou encore celles investies pour les droits des femmes et contre la traite des êtres humains.

 

Plus globalement, la première étape est d’accueillir ces femmes dans un cadre de bienveillance, leur permettre de poser leurs valises dans un lieu où elles se sentent en sécurité. Elles construisent ensuite progressivement leur projet individuel, soutenues par une équipe pluridisciplinaire qui propose un accompagnement global (démarches administratives, de santé, insertion professionnelle, accès au logement, soutien à la parentalité, vie quotidienne). Des psychologues sont pleinement intégré.e.s aux équipes sociales pour proposer leur soutien.

Parfois, l’accroche a lieu dans un cadre informel avec l’une des animatrices de l’établissement. Chaque professionnel.le, quelle que soit sa fonction, participe à son niveau à l’écoute et l’accompagnement des personnes accueillies.

ESS France : comment la gouvernance du Palais de la Femme est-elle constituée ? Avez-vous des actions de gouvernance participative incluant des résidentes ou d’autres parties prenantes ?

Juliane CHARTON : Le Palais de la Femme organise ses activités en cohérence avec les valeurs portées par la Fondation de l’Armée du Salut, dont la participation des personnes accueillies tient une place prépondérante. Ce n’est que grâce à leurs avis et leurs savoirs expérientiels qu’il nous est possible de co-construire des réponses adaptées et une vie collective conviviale.

 

A l’échelle de chaque service, des réunions mensuelles d’expression et de co-construction entre les résident.e.s et les salarié.e.s sont organisées. A l’échelle de l’établissement, les résident.e.s ont élu en octobre 2019 leurs représentant.e.s au Conseil de Vie Sociale (CVS) qui accueille également des représentant.e.s de la Mairie d’arrondissement et du Siège de la Fondation.



Une votation sur la manière dont les résident.e.s souhaitent (ré)organiser la participation dans l’établissement en 2021 se tiendra dans les tous prochains mois : réélire un CVS, organiser des cercles de parole trimestriels ouverts à tou.te.s, etc. ? Toutes les pistes sont ouvertes pour encourager la participation des résident.e.s.

ESS France : vous avez initié en décembre 2019 un chantier d’insertion, un an plus tard, comment ce dispositif évolue-t-il ? Quel bilan pouvez-vous en tirer ?

Juliane CHARTON : Après une année d’expérimentation, nous avons effectivement lancé un chantier d’insertion dédié à 24 femmes - majoritairement réfugiées, résidentes ou non de l’établissement - en partenariat avec l’organisme de formation ADAGE et le collectif Les Bâtisseuses. Cette formation est aussi atypique que prometteuse puisqu’elle prépare aux métiers des enduits et peintures écologiques. La démarche est doublement engagée :  remobiliser et valoriser les femmes dans un milieu souvent réservé aux hommes, leur donner un savoir-faire spécifique qui les aidera à prendre leur place, mais aussi promouvoir la construction en terre crue, modèle plus respectueux de la planète.

La première année, bien que mouvementée par la situation sanitaire, a déjà permis quelques sorties positives en cours d’année, c’est-à-dire en emploi ou en formation. Les salariées en insertion ont travaillé sur des chantiers pilotes dans le domaine de l’éco-construction (les groupes scolaires Jacques Chirac à Rosny-sous-Bois et Ivry Levassor, Porte d’Ivry). Le chantier s’engage dans une phase de recrutement pour la 2e année et son modèle économique sera évalué l’année suivante pour décider d’un passage en entreprise d’insertion.



Depuis l’ouverture du chantier, nous avons cependant constaté à quel point l’absence de mode de garde pour leurs enfants restait un frein à l’insertion des femmes (en particulier pour les familles monoparentales). C’est un enjeu majeur pour redonner aux femmes éloignées de l’emploi les moyens de (re)trouver une place dans le monde du travail.



Pour plus d'information : 

https://www.armeedusalut.fr/etablissements/pdf

94 rue de Charonne, 75011 Paris

01.46.59.30.00

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