L'ESS et l'économie collaborative

En toile de fond

Si mettre à disposition un logement, un véhicule, un équipement représente l'opportunité croissante d'améliorer l'ordinaire des particuliers ou de créer des liens entre eux, tout est-il si simple et si limpide qu'une première analyse permet d'y trouver ?

Aux questions posées à propos de l'économie collaborative sur :

  • son impact sur l'économie marchande traditionnelle,
  • sa conformité légale dans toutes les zones du droit du travail ou du droit commercial,
  • les inégalités sociales entre les détenteurs de bien et ceux qui n'en possèdent aucun,
  • l'exploitation des données collectées et les conditions de cette collecte, ...

Les visions divergent et s'enrichissent.

Un angle ouvert par Hugues Sibille

Hugues Sibille, Président du Labo de l'ESS, réagit sur l'exploitation des données personnelles collectées sur les plateformes collaboratives :

" Ces données seront à l'avenir des outils stratégiques considérables pour ces entreprises. Cette privatisation de la connaissance ne correspond pas selon moi à une économie de bien commun, à moins que les données ne soient mises en open source."

Interrogé par Robin Prudent, journaliste chez rue89, Hugues Sibille défend de nouvelles formes d’organisation, où la communauté aurait vraiment le pouvoir.

L'avis de Frédéric Marty

Vu par l'économiste de la concurrence Frédéric Marty, l'appât du gain prend souvent le pas sur le partage :

"Les plateformes d'intermédiation sont souvent assez éloignées de l'économie coopérative. La plupart de ces sociétés ont des stratégies globales, y compris en termes fiscaux. Ce ne sont vraiment pas des ONG."

Interview de Dominique Mahé pour AlterEcoPlus

Interrogé par Céline Mouzon, journaliste chez AlterEcoPlus, Dominique Mahé, Président de la MAIF prend position.

ESS et économie collaborative restent deux secteurs qui ne se parlent pas beaucoup. N’y a-t-il pourtant pas des liens entre les deux ?

"Il y a des affinités de valeurs. Historiquement, la MAIF est née en 1934 de la volonté d’instituteurs de mettre en partage non pas un bien, comme on le voit souvent dans l’économie collaborative, mais la couverture d’un risque d’assurance automobile. L’idée était de partager cette couverture selon un modèle économique fondé sur la solidarité. Dit autrement, la MAIF a dès le début une dimension collaborative ! La dimension de lien social, si elle n’est pas première dans l’économie collaborative, est présente. Solidarité, communauté, responsabilité partagée, confiance, aspiration à faire sens : autant de valeurs qui rapprochent l’économie sociale et solidaire et l’économie collaborative ou, du moins, une certaine économie collaborative. Il est aujourd’hui important pour l’ESS de ne pas passer à côté de ce mouvement de fond, qui, loin d’être un feu de paille, dessine une forme nouvelle d’entreprendre et d’entretien du lien social."

Qu’est-ce que l'économie collaboratice et l'ESS ont à apprendre l’une de l’autre ?

"Nous pouvons transmettre aux acteurs de l’économie collaborative notre compétence sur la façon d’allier principes éthiques et principes entrepreneuriaux, ainsi que sur celle dont on implique le consommateur client pour qu’il développe un affectio societatis, un sens de la communauté. Dans l’autre sens, l’économie collaborative peut nous apprendre la souplesse, l’agilité et l’innovation : l’ESS est un secteur qui regroupe de vieilles et belles maisons, mais celles-ci doivent parfois apprendre à remettre en question leurs modes de fonctionnement."

L’économie collaborative, c’est vaste. Comment opérer des choix ?

"L’économie collaborative devient de façon exponentielle un monde hétérogène et protéiforme. Peuvent se poser des questions de distorsion de concurrence, de droit social, de fiscalité. Sans porter de jugement moral, je pense qu’il est important pour l’ESS de se rapprocher des acteurs qui portent une vraie dimension d’échange, de partage et de confiance. Je suis d’accord avec Hugues Sibille, le président du Labo de l’ESS, lorsqu’il proposait cet été dans La Croix de conjuguer collaboratif et coopératif. Concrètement, nous avons depuis janvier dernier une petite équipe de cinq personnes qui étudie les projets au cas par cas. Nous avons différents types de partenariats avec des entreprises de l’économie collaborative : nous pouvons par exemple être assureur d’une plate-forme de l’économie collaborative, comme les services d’auto-partage TravelerCar ou Carnomise. Nous pouvons aussi recommander ces start-up à nos sociétaires, comme Wheeliz. Enfin, nous pouvons participer au capital tout en étant assureur, comme avec Koolicar, qui fait de la location de voitures entre particuliers, ou GuestToGuest, une plate-forme d’échange de logements entre particuliers. Ou sans l’être, comme nous le faisons avec Cbien, service d’inventaire de biens en ligne, ou mesdepanneurs.fr, site qui met en relation des particuliers et des professionnels du dépannage. Nous avons aussi quelques autres partenariats : nous soutenons par exemple le think tank OuiShare. Pour opérer ces choix, nous nous intéressons à la fois à la dimension éthique de ces entreprises, mais aussi au fait qu’elles répondent à de vrais besoins."

La forme juridique est-elle aujourd’hui un critère pour se rapprocher des acteurs de l’économie collaborative lorsqu’on est un acteur de l’ESS ?

Le rapprochement se fait sur le plan des valeurs de l’activité proposée et de l’intérêt qu’elle peut avoir pour nos sociétaires et pour la MAIF, que les structures concernées soient ou non dans l’ESS sur le plan statutaire. De fait, peu de start-up de l’économie collaborative ont choisi la forme coopérative, associative ou même celle de l’entreprise sociale prévue par la loi. L’économie collaborative exige beaucoup de réactivité, de souplesse et d’agilité dans l’action. En outre, nombre de ses jeunes entrepreneurs sont issus d’écoles de commerce ; la forme de la société anonyme ou de la société par actions simplifiée leur est sans doute plus familière.

Le secteur de l’ESS n’a-t-il pas aussi un rôle à jouer dans le financement de l’économie collaborative ?

Si, bien sûr. Nous avons créé au printemps dernier une société filiale d’investissement, MAIF Avenir, qui décidera et portera les investissements de la MAIF non seulement dans l’économie collaborative, mais plus généralement dans l’innovation et le digital. Nous avons doté cette filiale d’un capital de départ de 125 millions d’euros, utilisables sur trois ans. Pour l’instant, nous avons investi 4 millions d’euros dans GuestToGuest, 2,6 millions dans Koolicar et 1,7 million dans mesdepanneurs.fr, et nous ne comptons pas nous arrêter là. Nous ne sommes pas les seuls à nous positionner sur le sujet ; mais notre ambition, c’est de devenir l’assureur de référence de l’économie collaborative.

Interview de Roger Belot lors des 30 ans du CJDES

Interrogé lors de la soirée d'anniversaire des 30 ans du CJDES, Roger Belot s'est prêté au jeu de savoir si l'ESS, souvent perçue comme un peu "poussiéreuse", "parfois belle endormie", ne se prenait-elle pas une claque face à ces nouvelles formes d'économie ?

Alors puisque vous êtes tous des acteurs de cette ESS, qui parmi vous se sent poussiéreux ? Levez la main ! Personne ? Pas de quoi créer une SCOP de dépoussiérage donc ....

Prospectives sur l'ESS : Le Labo de l'ESS initie une réflexion de fond pour lancer l'ESS dans l'économie collaborative

Le 29 mars 2016, le Labo de l'ESS conviait des experts de l'ESS et de l'économie collaborative lors de sa première soirée de prospectives de l'ESS. "Je t'aime, moi non plus", le thème de la soirée posait le décor d'une relation ambiguë entre deux mouvances économiques qui se recoupent parfois et partagent une terminologie proche, mais dont les objectifs peuvent diverger.

L'ESS ne peut passer à côté de l'essor phénoménal de l'économie collaborative, pionnière de ce mouvement encore neuf, à définir et à encadrer.

La Mutualité Française consacre son trimestriel de juillet 2016 à "Investir l'économie collaborative"

Dans un article nommé "Quel modèle d'avenir pour l'Economie Collaborative", Hugues Sibille rappelle :

Il existe une forme de confusion, voir de mystification des genres entre économie collaborative et économie sociale et solidaire; elles reposent pourtant sur deux logiques différentes.

Dans ce même article, Sophie Lecerf, journaliste à la Mutualité Française distingue l'économie collaborative de l'ESS par :

L'économie collaborative se base sur une organisation en communautés, des échanges horizontaux, une mutualisation des ressources et l'usage de plateformes Internet. Elle peut prendre des formes diverses (...), en revanche, comme le souligne Hugues Sibille, le terme d'économie collaborative ne dit rien de la structure juridique, de la gouvernance et de la propriété du capital de l'entreprise et des données qui sont produites par ces platesformes.

Pascal Terrasse : "L'économie collaborative n'est pas une économie hors-sol"

Député socialiste et auteur d'un Rapport sur l'économie collaborative remis au Premier Ministre en février 2016, Pascal Terrasse pense que :

La France doit s'engager fortement dans cette nouvelle économie, en la réglementant et en l'organisant.

Très bientôt d'autres visions sur l'économie collaborative ...

Pictogramme ESS et la démarche collaborative