Le mot du Président

Roger Belot

 

Le mois de juin est régulièrement synonyme d’assemblée générale et ESS France ne déroge pas à cette règle.

Cette réunion a été l’occasion de rassembler ce 6 juin 2018 dans les locaux de la Fondation de France la quasi-totalité des membres d’ESS France et j’en profite ici pour les remercier chaleureusement de leur participation active à nos instances pour faire vivre avec implication cette démocratie qui nous est si chère et si précieuse.

L’assemblée générale permet de rendre compte de l’activité d’une association et c’est avec plaisir que je vous propose d’en prendre connaissance ici à travers la lecture du rapport d'activité 2017 d'ESS France qui décrit de manière détaillée tout ce que nous portons à notre actif pour cet exercice.

L’assemblée générale est aussi l’occasion de nous remémorer l’année qui vient de s’écouler. Que de changements dans le paysage politique français. Un nouveau Président de la République, un nouveau gouvernement où l’ESS ne figurait d’abord nulle part avant de découvrir dans les décrets d’attribution que la promotion et le développement de l’ESS étaient confiés au Ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, et que notre façon d’entreprendre ne trouvait pas la moindre petite place dans les attributions du Ministère de l’économie !

Après plusieurs mois d’attente, nous avons enfin appris la nomination d’un Haut-Commissaire à l’économie sociale et solidaire et à l’innovation sociale en la personne de Christophe Itier qui avait antérieurement présidé l’un de nos membres, le Mouves.

Mais les premiers signes donnés par le Gouvernement n’ont pas été des signes de reconnaissance de nos modèles. L’annonce brutale et sans concertation de la réduction du nombre de contrats aidés en était la première illustration, fragilisant ainsi de trop nombreuses associations.

Pourtant l’espoir a rejailli lorsque Nicolas Hulot, dans sa première prise de parole publique depuis son entrée dans le gouvernement, a déclaré à propos de l’ESS : « je voudrais que ce qui apparaît aujourd’hui comme l’exception devienne demain la norme économique dans ce pays. »

Mais qui d’autre que le Ministre de la Transition écologique et solidaire partage cette volonté au sein du Gouvernement ? Aujourd’hui nous ne pouvons qu’être inquiets sur les évolutions de la politique nationale de l’ESS. Il semble que seuls l’entreprenariat social et l’innovation sociale soient jusqu’à présent mis en lumière par le Gouvernement.

Pourtant l’innovation sociale ne date pas d’hier. Elle est aussi ancienne que les entreprises de l’ESS. Ce sont elles qui l’ont créée car c’est précisément leur rôle d’apporter des réponses innovantes aux besoins de leurs membres. Ce serait une grave erreur d’oublier notre histoire.

Dernier fait en date pour semer davantage le trouble vis-à-vis du concept historique d’économie sociale et solidaire : la création du statut d’entreprise à objet social étendu ou plus communément appelé entreprise à mission.

Que des entreprises décident qu’elles n’auront plus comme vocation unique de générer ou de distribuer des dividendes à leurs actionnaires, on ne peut que s’en réjouir. Que l’ESS vienne polliniser un peu les entreprises traditionnelles, c’est une bonne chose.

Mais les véritables entreprises à mission, elles existent depuis longtemps : ce sont les entreprises de l’ESS !

Et nous devons veiller à ce que ce nouveau type d’entreprise ne vienne pas créer une confusion au détriment de l’ESS. La contribution à l’intérêt général est loin d’être le seul point qui nous distingue des entreprises traditionnelles.

Notre mode d’entreprendre repose sur un socle politique qui n’a rien à voir avec le capitalisme même revêtu d’un nouvel habit marketing.

Prenons conscience de ce risque qui pourrait entraîner l’ESS vers une banalisation suicidaire.

Cultiver notre modèle d’entreprendre spécifique devrait être la première raison à mes yeux de rester unis pour prioriser la recherche d’une représentation commune de l’ESS à la hauteur de ce que nous représentons économiquement et surtout de ce que nous voulons apporter à la société de demain, à son économie, à son mieux vivre ensemble.

Portrait de Roger Belot